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Évaluation et tests

Timed Up and Go test : protocole, seuils et valeurs par âge

Par Julien Mazerolle · 28 octobre 2026
L’essentiel

Le Timed Up and Go (TUG) chronomètre quatre gestes : se lever d’une chaise à accoudoirs, marcher 3 mètres, faire demi-tour, se rasseoir. Moins de 10 secondes signale une bonne mobilité ; la Haute Autorité de santé retient 20 secondes ou plus comme trouble de la marche ou de l’équilibre. Le test dure deux minutes, mais sa valeur tient à un protocole identique d’une séance à l’autre.

Le Timed Up and Go est un test de mobilité fonctionnelle qui mesure, en secondes, le temps mis pour se lever d’une chaise, marcher trois mètres, tourner et se rasseoir. Un temps inférieur à 10 secondes correspond à une mobilité normale, un temps de 20 secondes ou plus oriente vers un trouble de la marche ou de l’équilibre. Entre les deux, tout dépend de l’âge, de la maladie et de la façon dont le test a été passé.

En activité physique adaptée, c’est l’un des bilans d’entrée les plus courants, avec le lever de chaise de 30 secondes et le test de marche de 6 minutes. Cette page détaille le protocole, les seuils sourcés, les valeurs selon l’âge et les maladies, puis la façon de le répéter sans fausser la comparaison.

Qu’est-ce que le Timed Up and Go ?

Le TUG est la version chronométrée du « Get Up and Go », un ancien test d’observation que les cliniciens notaient à l’œil. Podsiadlo et Richardson l’ont publiée en 1991 pour corriger la faible fidélité entre évaluateurs des scores intermédiaires de cet ancien test.

Il s’agit d’un outil de dépistage, pas d’un diagnostic. Il demande une à deux minutes et une seule tâche, celle qui conditionne l’autonomie : passer de la position assise à la marche, tourner, revenir et s’asseoir.

En un seul chiffre, il fait intervenir la force des jambes pour se lever, l’équilibre statique et dynamique, la vitesse de marche, la coordination et, dans une moindre mesure, la compréhension de la consigne. C’est ce qui explique son succès en gériatrie, en médecine générale et en APA, et aussi sa principale faiblesse : un temps lent ne dit pas quel maillon est en cause.

Frise des six étapes du test Timed Up and Go : assis, se lever, marcher 3 mètres, demi-tour, revenir, s'asseoir
Le parcours du TUG en six temps, du « partez » au retour assis.

Matériel et mise en place

Le matériel tient dans un salon : une chaise stable à accoudoirs, un repère visible au sol et un chronomètre (celui d’un téléphone suffit). Il faut aussi un espace dégagé d’au moins quatre mètres, pour que le demi-tour et l’arrêt se fassent sans obstacle.

Élément Repère à respecter Pourquoi
Chaise Accoudoirs, assise à environ 46 cm Même hauteur d’une séance à l’autre
Distance 3 mètres entre l’avant de la chaise et le repère Parcours identique pour tous
Chaussures Celles du quotidien, fermées Reflète la situation réelle
Aide technique Canne ou déambulateur habituels, à noter Un TUG avec et sans aide ne se comparent pas
Chronomètre Lancé au « partez », arrêté assis Réduit le bruit de mesure
Essai Un passage de familiarisation avant la mesure Limite l’effet d’apprentissage
Matériel et conditions de passation du TUG, d’après les protocoles cliniques publiés.

La chaise ne doit pas glisser : on la place contre un mur ou on la cale. L’examinateur reste à proximité pendant toute l’épreuve, sans toucher la personne, pour intervenir en cas de déséquilibre.

Réaliser le test pas à pas

  1. Installer la personne bien au fond de la chaise, dos contre le dossier, bras sur les accoudoirs.
  2. Expliquer le parcours, puis demander un passage d’essai pour qu’elle se familiarise avec la tâche.
  3. Donner la consigne : « Quand je dirai Allez-y, vous vous levez, vous marchez à votre vitesse normale jusqu’à la marque, vous faites demi-tour, vous revenez et vous vous rasseyez. »
  4. Lancer le chronomètre au signal et l’arrêter quand la personne est de nouveau assise, fesses posées sur l’assise.
  5. Noter le temps, l’aide technique utilisée et ce qui a été observé pendant chaque geste.

Il ne s’agit pas de marcher vite : la consigne est une allure confortable et sûre. Pousser la personne à accélérer fausse le test et augmente le risque de chute.

Les protocoles publiés proposent de coter chacun des gestes (se lever, traverser, tourner, revenir s’asseoir) en réussi, difficile ou échec. Cette observation qualitative vaut presque autant que le chiffre, car elle oriente le travail à venir.

Cinq erreurs de passation qui faussent le temps

Un TUG ne vaut que par sa reproductibilité. Les écarts de protocole se paient en secondes, et une seconde de bruit suffit à brouiller une progression réelle entre deux bilans.

  1. Changer de chaise : une assise plus basse ou sans accoudoirs rend le lever plus long, donc le temps aussi.
  2. Oublier de noter l’aide de marche : un TUG avec déambulateur et un TUG sans ne mesurent pas la même chose.
  3. Chronométrer à partir du mouvement et non du signal : le temps de réaction de l’examinateur ajoute du bruit aux deux bouts de la mesure.
  4. Sauter l’essai de familiarisation une fois sur deux : l’amélioration observée vient alors de l’habitude, pas de la fonction.
  5. Presser la personne : la consigne est une allure confortable et sûre, jamais une course.

Autre point de vigilance : le choix des chaussures. Un protocole publié recommande des chaussures fermées, récentes, légères, à semelle rigide et talon modéré. Les pantoufles ou les chaussures ouvertes ajoutent un risque et une source de variation.

Enfin, la sécurité prime sur la mesure. L’examinateur se place à proximité, sans gêner le parcours, et interrompt l’épreuve au moindre déséquilibre. Un test arrêté ne se note pas comme un temps : on consigne l’échec et ce qui l’a provoqué.

Lire le temps obtenu : quels seuils retenir ?

Il n’existe pas un seul seuil, mais plusieurs conventions qui se recoupent. Le repère le plus cité pour un risque de chute chez la personne âgée vivant à domicile est 13,5 secondes (travaux de Shumway-Cook), arrondi à 14 secondes dans certaines grilles cliniques. Le programme américain STEADI retient 12 secondes, et la HAS signale 20 secondes ou plus.

Temps au TUG Lecture usuelle Source du repère
Moins de 10 s Mobilité normale, risque faible Grilles cliniques
10 à 14 s Bonne mobilité, zone à suivre Grilles cliniques
12 s ou plus Risque de chute identifié Programme STEADI (CDC)
13,5 s ou plus Risque de chute élevé à domicile Shumway-Cook et coll.
20 s ou plus Trouble de la marche ou de l’équilibre Haute Autorité de santé
20 à 30 s Mobilité réduite, aide probable Grilles cliniques
30 s ou plus Mobilité très réduite, risque très élevé Grilles cliniques
Repères d’interprétation du TUG croisés entre sources : le risque monte de façon continue, aucun seuil n’est un verdict.

Le seuil de 13,5 secondes a été établi sur des personnes âgées fragiles vivant à domicile. Il n’a pas été retrouvé dans toutes les études suivantes, ce qui rappelle qu’il s’agit d’une convention de dépistage et non d’une frontière entre sains et malades.

Cartes de lecture du TUG : moins de 10 s, 10 à 14 s, seuil de chute, alerte HAS à 20 s, 20 à 30 s, 30 s et plus
Les six repères de lecture du TUG, des plus rassurants aux plus préoccupants.

La HAS, dans ses recommandations sur les chutes répétées, inclut le TUG dans l’examen de la personne âgée avec le test de Romberg et la station unipodale. Elle considère comme trouble de la marche ou de l’équilibre un TUG de 20 secondes ou plus, et/ou une station unipodale de 5 secondes ou moins.

Quelles valeurs de référence selon l’âge ?

Une méta-analyse de 21 études a établi des valeurs de référence chez l’adulte en bonne santé : environ 8,1 secondes entre 60 et 69 ans, 9,2 secondes entre 70 et 79 ans et 11,3 secondes au-delà de 80 ans. Pour comparer un temps individuel, ces moyennes valent mieux qu’un seuil unique.

Une autre synthèse indique que la moyenne des personnes en bonne santé de 60 à 80 ans réalise le TUG en dix secondes ou moins. Entre 80 et 89 ans, elle relève 10 secondes (± 1) chez les hommes et 11 secondes (± 3) chez les femmes.

Temps moyens au TUG : 8,1 s à 60-69 ans, 9,2 s à 70-79 ans, 11,3 s après 80 ans, 22,6 s après un AVC
Valeurs moyennes relevées dans des études publiées, selon l’âge et après un AVC.

Retenez la leçon pratique : un temps de 12 secondes n’a pas la même portée à 65 et à 85 ans. Chez une personne de 85 ans qui passe le test en 11 secondes, le résultat est proche de la moyenne de son âge, alors que le même temps chez un sexagénaire invite à chercher la cause.

TUG et maladies chroniques : ce que montrent les études

Le public de ce site n’est pas toujours âgé, mais il vit avec une maladie chronique. Le TUG a été étudié dans plusieurs d’entre elles, et les ordres de grandeur changent nettement.

La sensibilité de 80 % à côté d’une spécificité de 56 % signifie qu’un temps élevé attrape la plupart des personnes à risque, mais désigne aussi à tort près d’une personne sur deux qui ne l’est pas. D’où l’intérêt d’associer le TUG à d’autres épreuves, comme la perception de l’effort ou le test de capacité aérobie, plutôt que de décider sur un chiffre seul.

Variantes : TUG cognitif et TUG manuel

Deux variantes ajoutent une seconde tâche pour s’approcher de la vraie vie, où l’on marche rarement sans rien faire d’autre. Elles ont été décrites par Shumway-Cook et coll. et gardent une très bonne fidélité entre évaluateurs (0,99 pour les deux).

Version Consigne ajoutée Ce que l’on cherche
TUG standard Aucune Mobilité de base
TUG cognitif Compter à rebours à partir d’un nombre tiré entre 20 et 100 Coût de l’attention sur la marche
TUG manuel Porter un verre d’eau plein Marche avec les mains occupées
Variantes du TUG et leur intérêt, d’après les travaux de Shumway-Cook et coll.

Chez des personnes âgées fragiles, une différence de plus de 4,5 secondes entre le TUG manuel et le TUG standard était associée à un risque plus élevé de chute dans les six mois suivants. Ces variantes sont plus exigeantes : on les réserve à des personnes qui réussissent déjà le test de base en sécurité.

Fiabilité et limites du test

Sur le plan métrologique, le TUG se défend bien. Les coefficients de fidélité relevés chez des personnes âgées fragiles atteignent 0,99 entre deux passages d’un même évaluateur, et 0,98 entre trois évaluateurs différents. Dans une étude canadienne en population générale, la fidélité test-retest tombait pourtant à 0,56, ce qui rappelle que le contexte de passation compte.

Les limites tiennent surtout à l’interprétation. Voici celles qui reviennent le plus souvent :

Un temps inférieur à 12 secondes ne garantit donc pas l’absence de risque. À l’inverse, un temps élevé peut refléter une mauvaise nuit, une douleur du jour ou un médicament qui influence l’équilibre. La tendance sur plusieurs mesures informe mieux que n’importe quel essai isolé.

Ce qui fait varier le résultat d’un jour à l’autre

Un TUG n’est pas une constante : la même personne peut perdre ou gagner une ou deux secondes selon le moment. Avant de conclure à un progrès ou à un déclin, il faut passer en revue les facteurs du jour.

La règle pratique consiste à noter ces facteurs à côté du temps, dans la colonne d’observations du tableau de suivi. Sans cette trace, deux mesures espacées de trois mois se comparent mal, et on risque de prendre une mauvaise journée pour une dégradation durable de la mobilité.

Quand un résultat surprend, deux options existent : refaire le test le même jour après un temps de repos, ou le reprendre dans les mêmes conditions quelques jours plus tard. Dans les deux cas, on garde la meilleure valeur uniquement si le protocole du premier essai était identique, et on le précise dans le tableau.

Quels tests associer au TUG ?

Seul, le TUG prédit les chutes de façon réelle mais modeste, selon plusieurs revues systématiques. Une revue de 2011 a tout de même retrouvé, dans toutes les études rétrospectives retenues, une association positive entre la durée du test et l’antécédent de chutes. C’est pourquoi les algorithmes d’évaluation du risque l’associent à d’autres épreuves.

Complément Ce qu’il apporte Quand l’ajouter
Station unipodale Équilibre statique : 5 s ou moins est un signal HAS Dès que le TUG dépasse 12 s
Test de Tinetti Équilibre et marche, noté sur des items précis Si le demi-tour ou l’équilibre posent problème
Échelle FES-I Peur de tomber, que le chrono ne voit pas Si la personne limite ses sorties
Lever de chaise de 30 s Force des jambes isolée Si le lever est laborieux
Échelle de Berg Équilibre fonctionnel, bien corrélée au TUG En rééducation
Tests à associer au TUG selon ce que l’on veut comprendre.

Cette combinaison évite le piège du chiffre unique. Un TUG correct avec une peur de tomber élevée n’appelle pas le même programme qu’un TUG lent avec un lever difficile : dans le premier cas, on travaille la confiance et l’équilibre, dans le second, la force des cuisses.

Les corrélations publiées entre le TUG et l’échelle de Berg, comme avec l’indice de Barthel pour les activités de la vie quotidienne, vont dans le même sens : plus le temps s’allonge, plus l’autonomie fonctionnelle baisse. Le test reste un révélateur, non une cause.

Trois exemples de lecture d’un résultat

Les chiffres prennent leur sens au croisement de l’âge, de la maladie et du geste qui coince. Voici trois lectures types, à adapter par l’équipe qui suit la personne.

Résultat Lecture Suite logique
11 s à 85 ans Proche de la moyenne de la tranche (11,3 s après 80 ans) Refaire à 3 mois, entretenir
16 s à 70 ans, lever laborieux Au-dessus du repère de 13,5 s, force des jambes en cause Renforcement des jambes, nouvelle mesure à 3 mois
22 s après un AVC Proche de la moyenne relevée après AVC (22,6 s) Bilan d’équilibre, avis de l’équipe de rééducation
Trois lectures types du TUG, croisées avec les valeurs de référence citées plus haut.

Ces lectures ne remplacent pas un bilan complet. Elles montrent surtout qu’un même chiffre mène à des décisions différentes selon l’âge et la situation, et qu’il se lit toujours avec la comparaison à la personne elle-même, avant tout autre repère.

Suivre le TUG en APA : fiche et fréquence

L’intérêt du TUG en activité physique adaptée est de produire un repère simple avant le programme, puis de le répéter. Une réévaluation tous les trois à six mois est généralement pertinente, plus tôt après une chute, une hospitalisation ou un changement de traitement.

Pour que la comparaison tienne, tout doit rester identique : même chaise, mêmes consignes, même aide de marche, même nombre d’essais. Une fiche de suivi minimale suffit.

Date Chaise et aide Essai fait Temps (s) Observations
Bilan initial Chaise 46 cm, canne Oui — Lever, demi-tour, hésitations
À 3 mois Identique Oui — Comparer au bilan
À 6 mois Identique Oui — Ajuster le programme
Modèle de fiche de suivi à compléter par l’enseignant ou le patient.

Si le temps ne bouge pas mais que le demi-tour devient plus fluide, le programme fonctionne quand même. Les séances qui ciblent les cuisses et l’équilibre, comme le renforcement des jambes après 65 ans ou le réentraînement à l’effort, sont celles dont on attend le plus d’effet sur ce test.

Pour les maladies du cœur, le TUG complète le programme de réadaptation cardiaque et les repères sur la zone de travail de l’effort, mais il ne remplace aucune épreuve d’effort prescrite. Pour situer le tout dans la démarche, la page Activité physique adaptée : définition, public et accès donne le cadre général.

Quand en parler au médecin ?

Un TUG de 20 secondes ou plus, une station unipodale de 5 secondes ou moins, des chutes répétées ou une peur de tomber qui limite les sorties justifient un avis médical. Ces repères viennent des recommandations de la HAS sur les chutes répétées, qui prévoient un bilan plus large.

Entre 12 et 20 secondes, on ne conclut pas : on refait le test dans les mêmes conditions, on regarde chacun des gestes et on associe un test d’équilibre. Si la personne vit avec une maladie chronique, mieux vaut en discuter avec l’équipe qui la suit avant d’intensifier un programme.

Quel est un temps normal au Timed Up and Go ?

Moins de 10 secondes chez un senior en bonne santé. Les moyennes de référence sont d’environ 8,1 secondes à 60-69 ans, 9,2 secondes à 70-79 ans et 11,3 secondes après 80 ans.

Quel seuil indique un risque de chute ?

Le plus cité est 13,5 secondes (14 dans certaines grilles), 12 secondes pour le programme STEADI. La HAS retient 20 secondes ou plus pour un trouble de la marche ou de l’équilibre.

Peut-on faire le TUG à la maison ?

Oui, avec une chaise stable à accoudoirs, un repère à 3 mètres, un chronomètre et quelqu’un à côté de la personne. Au-delà de 12 secondes, un avis professionnel est conseillé.

À quelle fréquence refaire le test ?

Tous les trois à six mois est un rythme courant, plus tôt après une chute, une hospitalisation ou un changement de traitement.

Le TUG remplace-t-il le test de lever de chaise ?

Non. Le TUG mêle plusieurs gestes dans un temps unique, alors que le lever de chaise isole la force des jambes. Les deux se complètent dans un bilan.

Faut-il un essai avant le test chronométré ?

C’est la convention la plus courante : un passage de familiarisation limite l’effet d’apprentissage, à condition de le répéter à chaque évaluation.

Avant votre prochaine séance, mesurez votre TUG une seule fois dans des conditions que vous pourrez reproduire, notez la chaise, l’aide utilisée et le temps, puis fixez une date de nouvelle mesure. C’est cette régularité, bien plus que le chiffre du premier jour, qui vous dira si le programme porte ses fruits.

Julien Mazerolle
Julien Mazerolle

Enseignant en activité physique adaptée — son parcours d'enseignant.