Activité AdaptéeLe carnet d'un enseignant APA
Maladies chroniques et APA

Insuffisance cardiaque et sport : quoi, combien, jusqu’où

Par Julien Mazerolle · 2 octobre 2026
L’essentiel

Insuffisance cardiaque et sport ne s’opposent pas : quand la maladie est stable, l’activité physique est recommandée, elle améliore la capacité d’effort et la qualité de vie. On commence après un bilan d’effort, idéalement en réadaptation cardiaque, puis on vise trois à cinq séances d’endurance par semaine, à une intensité où l’on peut encore parler, complétées par du renforcement léger. La compétition, les efforts en apnée et les séances pendant une décompensation sont exclus.

« Il faut bouger » : la phrase revient à chaque consultation, souvent sans mode d’emploi. Avec une insuffisance cardiaque stable, l’activité physique fait pourtant partie du traitement. Elle compte autant que le suivi médical. La question n’est pas de savoir s’il faut en faire, mais laquelle, à quelle dose, et à partir de quand.

Pourquoi bouger quand le cœur est fatigué

Dans l’insuffisance cardiaque, l’essoufflement et la fatigue ne viennent pas seulement du cœur. Les muscles des jambes, peu sollicités, perdent de leur masse et de leur capacité à utiliser l’oxygène, si bien qu’ils s’épuisent plus vite, ce qui pousse à moins bouger, et le cercle se referme.

L’entraînement agit surtout sur ce maillon périphérique. Après quelques semaines, les muscles consomment mieux l’oxygène. Pour un même effort, la fréquence cardiaque monte moins vite. Les gestes du quotidien coûtent moins. Les études menées en réadaptation le confirment. Capacité d’effort et qualité de vie s’améliorent, les hospitalisations baissent. Le cœur, lui, n’est pas « usé » davantage par un effort bien dosé.

Ce bénéfice concerne les personnes stables, en classe fonctionnelle I à III. Au stade avancé, l’activité ne disparaît pas mais change de nature. Nos repères sur l’insuffisance cardiaque au dernier stade détaillent cette version très fractionnée.

Avant de commencer : le bilan qui fixe les limites

On ne reprend pas une activité soutenue sans un feu vert du cardiologue, et ce bilan sert moins à autoriser qu’à doser.

La porte d’entrée la plus sûre reste la réadaptation cardiaque : une vingtaine de séances encadrées, en centre ou en hôpital de jour, sur trois à huit semaines. Elle apprend à reconnaître ses sensations. Le réentraînement à l’effort s’y construit pas à pas, puis l’activité se poursuit en ville, en activité physique adaptée sur prescription du médecin, ou seul quand l’autonomie le permet.

Quelle intensité viser ?

L’effort recherché est modéré : assez pour essouffler un peu, jamais au point d’empêcher de parler. Trois repères permettent de le régler, et ils se complètent.

Repère Zone visée en endurance Comment l’utiliser
Fréquence cardiaque Celle fixée par l’épreuve d’effort, souvent proche du premier seuil ventilatoire Cardiofréquencemètre, valeur donnée par le cardiologue
Échelle de Borg (6 à 20) 11 à 14, de « assez facile » à « un peu difficile » Note donnée en fin de chaque bloc d’effort
Test de la parole On parle par phrases courtes, sans pouvoir chanter Vérification à tout moment, sans matériel
Récupération Retour au souffle de repos en moins de 5 minutes Au-delà, l’intensité était trop haute
Quatre repères pour doser l’endurance avec une insuffisance cardiaque stable.

Le traitement fausse souvent la fréquence cardiaque. L’échelle de Borg prend alors le relais. On progresse d’abord sur la durée. L’intensité vient ensuite : passer de 10 à 30 minutes avant d’accélérer.

Couple de seniors marchant sur un chemin au bord de l'eau
La marche reste l’activité de base : elle se dose au pas près et se pratique partout.

Les activités qui conviennent, celles à éviter

Les meilleures activités se dosent finement. Elles se pratiquent régulièrement. Le reste se discute au cas par cas avec l’équipe qui suit la personne.

À éviter : la compétition, les sports à efforts brusques et répétés, les charges lourdes portées en bloquant la respiration, la plongée en apnée ou en bouteille, et les efforts en altitude sans avis spécialisé. Le sport n’est pas en cause. C’est le pic de pression ou d’intensité qu’il impose.

Construire une semaine type

Un exemple, réadaptation terminée et feu vert obtenu. Il se ramène à la baisse sans hésiter un jour de fatigue.

Jour Séance Durée Intensité
Lundi Marche 30 min, dont 5 d’échauffement et 5 de retour au calme Borg 11 à 13
Mardi Renforcement : chaise, élastique, montées sur marche 20 min 2 séries de 10 à 15
Mercredi Vélo d’appartement 25 min Borg 12 à 14
Jeudi Repos actif, étirements doux 10 min Très facile
Vendredi Marche 30 à 40 min Borg 11 à 13
Samedi Renforcement + équilibre 20 min 2 séries de 10 à 15
Dimanche Libre : jardinage, promenade Selon l’envie Facile
Semaine type indicative pour une insuffisance cardiaque stable, après réadaptation et accord du cardiologue.

Quand il pleut, rien n’est perdu. Un programme d’activité physique à la maison remplace la marche.

Frise d'une séance type avec échauffement, effort, renforcement et retour au calme
Quatre temps, puis un contrôle du souffle : l’échauffement et le retour au calme ne sont jamais optionnels.

Les signes qui imposent d’arrêter

Certains signaux ne se discutent pas. Ils imposent d’arrêter l’effort et de s’asseoir. S’ils ne cèdent pas en quelques minutes, on appelle le 15.

Le repère de la balance

Plus de 2 kg en deux à trois jours ? Cette prise de poids traduit souvent une rétention d’eau. Ce jour-là, pas de séance. On appelle le médecin ou l’infirmière qui assure le suivi.

Défibrillateur, bêtabloquants, chaleur : les cas particuliers

Les bêtabloquants freinent la fréquence cardiaque : les formules théoriques du type « 220 moins l’âge » ne valent rien sous traitement. Seule la fréquence mesurée à l’épreuve d’effort, faite sous ce même traitement, sert de cible.

Avec un défibrillateur implantable, l’activité reste possible. Il faut connaître le seuil de fréquence programmé et rester nettement en dessous, éviter les sports de contact et, les premières semaines après la pose, les mouvements amples du bras du côté du boîtier. Le rythmologue précise ces limites.

La chaleur et l’humidité augmentent la charge cardiaque et favorisent la déshydratation. L’été, on décale la séance tôt le matin et on raccourcit. On respecte aussi la quantité de boisson fixée par le médecin, parfois limitée. Le froid vif resserre les vaisseaux. D’où l’écharpe devant la bouche et un échauffement plus long.

Peut-on faire du sport avec une insuffisance cardiaque ?

Oui, quand la maladie est stable et après un bilan d’effort. L’activité physique d’endurance modérée et le renforcement léger sont recommandés. Seuls la compétition, les efforts en apnée et les séances pendant une décompensation sont exclus.

Quel sport pratiquer avec une insuffisance cardiaque ?

La marche et le vélo d’appartement en priorité, parce qu’ils se dosent finement. Le renforcement musculaire léger, le tai-chi ou le yoga doux complètent bien. L’aquagym se discute avec le cardiologue.

Quelle fréquence cardiaque ne pas dépasser ?

Celle fixée par le cardiologue à partir de l’épreuve d’effort, réalisée sous traitement. Sans cette valeur, fiez-vous au test de la parole et à une note de 11 à 14 sur l’échelle de Borg.

Combien de séances par semaine ?

Trois à cinq séances d’endurance de 20 à 40 minutes, plus deux ou trois séances courtes de renforcement. On commence par 10 à 15 minutes et on allonge progressivement.

Le sport peut-il aggraver une insuffisance cardiaque ?

Un effort bien dosé ne l’aggrave pas. Le risque vient d’une intensité excessive, d’un effort en apnée ou d’une séance maintenue malgré des signes d’alerte ou une prise de poids rapide.

Faut-il une ordonnance pour l’activité physique adaptée ?

Le médecin traitant ou le cardiologue peut prescrire une activité physique adaptée. La personne est alors orientée vers une structure et un professionnel formé, qui construit le programme à partir de son bilan.

Demandez au cardiologue, lors de la prochaine consultation, votre fréquence cardiaque d’entraînement et la possibilité d’une réadaptation, puis notez chaque séance avec sa durée et sa note de Borg. En quatre semaines, ce carnet montre si la progression est la bonne. D’autres pathologies et leurs repères d’activité sont regroupés dans la rubrique maladies chroniques et APA.

Source

Haute Autorité de santé, consultation et prescription médicale d’activité physique à des fins de santé, dont le référentiel consacré à l’insuffisance cardiaque chronique, consulté le 2 octobre 2026.

Julien Mazerolle
Julien Mazerolle

Enseignant en activité physique adaptée — son parcours d'enseignant.